Dominique Crochu : La probabilité est réelle pour les Bleues

Dominique Crochu : La probabilité est réelle pour les Bleues

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Dominique Crochu, ex-première directrice des nouveaux médias et première femme en charge du football pratiqué par les femmes à la FFF, a accepté de répondre à nos questions à quelques mois de la Coupe du Monde au Canada.

Bonjour Dominique, première question avant de parler de la CM au Canada en 2015, votre première réaction lors de la désignation de la France pour l’organisation de la Coupe du Monde 2019 ?

DC petite photoEn fait, chaque fois que la France obtient une organisation d’un événement sportif européen ou mondial, immédiatement je pense à l’énergie, à la fierté, à l’activité, à la mobilisation que procure une telle mise en place. De plus, cela crée toujours des emplois donc c’est particulièrement positif. Je suis vraiment sensible à cette problématique. Peut-être d’autant plus que je suis intervenante auprès du Master spécialisé du Management des Organisations de Sport d’Audencia. Et que je rencontre beaucoup d’autres garçons et filles étudiant dans le domaine du Sport, je connais l’espérance que suscite cette filière en terme d’employabilité.

Sur cette désignation particulière de la France pour 2019, justement cette saison, c’est un clin d’œil de l’histoire puisque le premier Championnat de France (Féminin) a été mis en place en 1974-1975. Quatre décennies plus tard, la Fédération s’est lancée dans une autre grande aventure. C’est aussi la preuve que lorsqu’il y a une volonté politique – Noël Le Graët –président de la FFF- en est le symbole pour ce dossier- il est possible de réussir de grands projets. Et l’autre pensée forte a été pour les milliers d’hommes et de femmes –qui depuis tant de temps- sont engagés pour la place de la femme dans le football à tous les niveaux, surtout ceux-celles des clubs que ce soit dans l’hexagone et en outre-mer.

La Coupe du Monde au Canada est en juin et la France a été battue en finale de l’Algarve Cup –il y a quelques jours. Selon vous, la France est-elle capable de remporter ce mondial ?

Depuis 2011, l’équipe de France a fait des progrès considérables tout d’abord sous la houlette de Bruno Bini puis sous la direction de Philippe Bergeroo. Il faut se souvenir que pendant de longues périodes, les Bleues ne se qualifiaient pas pour les phases finales. Quand une nation est classée dans les cinq premières places au niveau mondial, la probabilité de remporter le trophée est réelle. Et la France est toujours troisième, au classement de la FIFA, en cette fin de mois de mars. Une Coupe du Monde se joue avec un fort état d’esprit collectif et des individualités capables de performances exceptionnelles dans des moments décisifs.

Les équipes à redouter ?

Dans toutes les épreuves,  il faut tenir compte du pays organisateur  (Canada pour 2015) qui est souvent galvanisé, porté par l’opportunité de jouer, au cœur de sa nation, devant son public. Les USA qui compteront sûrement aussi beaucoup de supporters, l’Allemagne, le Japon sont des nations fortes et régulières. Il faut aussi compter sur des « surprises » comme un pays africain par exemple ? Le Brésil aura à cœur de se hisser dans le dernier carré. Et je pense aussi à la Suède.

Quel est votre regard sur l’évolution du football féminin ces dernières années ?

Beaucoup de chapitres pourraient être abordés sous cette question. Tout d’abord, j’ai du mal avec  « football féminin ». Le sport donc le football n’est ni féminin ni masculin. C’est une connotation, une sémantique générale gênante de mon point de vue qui de fait réduit le propos à la seule vision de pratiquante, de joueuse. Si on emploie féminin alors il est nécessaire d’employer masculin comme cela se fait dans d’autres sports.

Si l’on évoque le niveau de jeu des joueuses, par exemple, la qualité des tricolores est excellente. C’est toujours un grand plaisir de les voir jouer. Et c’est vrai que la Coupe du Monde arrive bien pour ce groupe. Il semble avoir un équilibre entre l’expérience importante du haut niveau d’un certain nombre de joueuses et l’enthousiasme de quelques jeunes tricolores qui seront sûrement dans la délégation.

Sur l’évolution générale, il est évident que c’est un sport qui est de plus en plus pratiqué dans de nombreux pays dans le monde. Le dernier symposium de la FIFA, début mars, l’a démontré…dans tous les continents de plus en plus de petites filles jouent…

Si l’on quitte le football, vous défendez la cause des femmes dans le sport. Quel est votre engagement ?

symposium fifaJe suis engagée dans un spectre plus large que seulement la thématique « Femmes et sport ». Déjà sur ce volet, il est nécessaire de continuer à convaincre, à emmener de plus en plus de personnes sur le fait que les femmes peuvent occuper toutes les fonctions dans le sport. Du niveau local –en passant par le régional et national- au niveau international. Réduire aussi des inégalités d’accès sur le plan des infrastructures pour les clubs sans lesquelles le haut niveau n’est pas accessible.

En France, la Loi a obligé les fédérations -depuis 1984- à ce qu’une femme siège dans les Comités de Fédérations (donc dans les organes décentralisés aussi…). Cela permet au passage, pour le football, de saluer Marilou Duringer –avec laquelle j’ai beaucoup œuvré- qui a été si longtemps seule élue à défendre les dossiers et se battre pour améliorer les différents axes de développement. C’était extrêmement difficile.

Corinne Diacre (coach de Clermont-Ferrand) et Stéphanie Frappart (arbitre central) ont marqué l’année 2014 en intégrant la Ligue 2 professionnelle masculine par leurs compétences techniques. Depuis 2011, Brigitte Henriques occupe le poste de Secrétaire Générale de la FFF.

En fait, il semble que le vrai progrès sera évident quand plusieurs femmes seront intégrées dans les comités directeurs des fédérations, des instances régionales et départementales sans représenter forcément, ni avoir en charge « le secteur féminin ».

Sans doute, il est indispensable de profiter d’une certaine ouverture (encore insuffisante mais existante) vers plus de mixité de gouvernance Hommes-Femmes pour inclure en même temps des gens de la diversité et favoriser de véritables opportunités inter-générationnelles.

En effet, le sport est le plus grand terrain de jeu où toutes les richesses de la diversité sont sur les parquets, sur les stades, dans les tribunes…alors que la gouvernance du sport manque terriblement de mixité, de diversité, de jeunes.

Cette prise de conscience est indispensable pour qu’à partir de 2016 (renouvellement de tous les mandats électifs de toutes les instances sportives niveau national -y compris le Comité National Olympique du Sport Français- aussi du côté régional et local…), les pratiquantes et pratiquants puissent se reconnaître dans la gouvernance du sport : des personnes compétentes existent partout, à tout échelon. Il faut savoir les accueillir pour que la gouvernance soit le reflet –enfin- du public qu’elle gère et administre. Pour porter ces témoignages et diffuser cet engagement, j’ai ouvert un blog : avenirdusport.fr.

Quel est le constat sur la médiatisation des sportives ?

La diffusion des matches télévisés des évènements sportifs dépend de la vente des droits TV et appartient aux organismes internationaux (UEFA-FIFA) ou nationaux (Fédérations-Ligues) selon les compétitions. Ceci est géré par les services marketing. En ce qui concerne la presse écrite, les résultats des études de l’Européenne Des Données pour les années 2013 et 2014 sont  affligeants. Puisque la citation tourne autour des 97% en moyenne pour les Hommes.

Si vous écoutez régulièrement différentes radios, vous pouvez constater que pas une seule information régulière est donnée concernant les compétitions sportives des femmes. Sauf à la marge si exploit…et encore… La meilleure preuve se situe pour l’événement des « 24h du sport féminin » où tous les médias volent vers la manifestation pendant deux jours « parce qu’il faut y être »…. (retransmission, débats, rencontres…)

Le lundi suivant, un silence abyssal revient. Les lampions s’éteignent.

Christine Kelly, clairvoyante et créatrice de l’événement, disait avant même la seconde édition de janvier : « Cette manifestation n’est pas appelée à être pérennisée…sinon cela voudrait dire que cela n’a pas assez avancé .. »

Se pose, de façon pratique et pragmatique, la question forte du « droit à l’information » tout simplement. Que ce soit pour les résultats, reportages et donner la parole à toutes les femmes de sport. Comme il doit être mis en œuvre la prise de parole pour et par les personnes de la diversité et les jeunes responsables du sport. C’est plus qu’un souhait, plus qu’une nécessité. C’est une conviction.

Pour terminer, quels seraient vos pronostics pour les premiers matchs des Bleues ?

Pronostics ? je n’en fais jamais…

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Un grand merci à Dominique Crochu pour sa disponibilité.

Propos recueillis par Maxime Coutant pour canada2015.fr

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